Danse et médias

Thierry De Mey fait partie de ces créateurs qui se jouent des frontières entre les disciplines et se montrent aussi exigeant avec le traitement de l’image, du son ou du mouvement

C’est à cet artiste « indisciplinaire », à la trajectoire résolument transversale et particulièrement inspirante pour la jeune génération multimédia que nous avons choisi de proposer une première carte blanche, prise de parole libre sur une pratique et regard sur une expérience susceptible d’éclairer les enjeux défendus par le CECN et ses partenaires.

En question par la rapidité du développement des nouvelles technologies de communication. Chercher dans l’art une compensation aux déséquilibres fatalement provoqués par ce type d’évolution, est une réponse spontanée qui s’est vérifiée à plusieurs moments historiques de mutation. D’où l’importance prise ces dernières années par la forme artistique où le corps humain occupe la place la plus centrale : la danse. Il paraît urgent et nécessaire que les formes artistiques les plus voisines des nouvelles technologies se confrontent directement à la danse, non dans une tentative ultime de substitution du corps au profit de son image virtuelle, mais dans un véritable questionnement de leur possible, dans l’espoir de brèches inédites dans leur propre champ. Car d’elles dépend la représentation que nous nous faisons de notre propre corps. Et cette représentation occupe une place essentielle au cœur de tout système d’évaluation, un peu comme l’étalon du sens. Peut-être ces technologies pourront-elles devenir des alliées de la danse, en vue d’une compréhension plus profonde de cette écriture du corps en mouvement, dont la beauté délétère, prisonnière de l’instant scénique, offre peu de prises à la connaissance et à la reconnaissance de ses aspects les plus enfouis, les plus complexes, parfois les plus riches …

Les traces de cette « encre » qui s’effacent au fur et à mesure, dont l’aspect fugace nous bouleverse car sans aucun doute, il préfigure notre propre disparition et fait écho à notre précarité – tout en prétendant défier la force de gravité -, ces traces pourront-elles être retenues un instant de plus à notre attention grâce à l’action de ces fameux médias ? Plus simplement peut-être pourront-ils, ces fameux médias, participer à la connaissance du corps, ici non considéré comme objet d’études médicales, mais comme vecteur de vie, comme centre d’un regard sur le monde, comme foyer de présence… de cette présence qui cherche obstinément à franchir la frontière qui la sépare du corps qui la porte … le désir, la transe ?

Après des études de cinéma

ThierryDeMey aborde la composition en rencontre avec la danse : il écrit pour Anne Teresa De Keersmaeker, Wim Vandekeybus, Michèle-Anne De Mey et forme, dans les années 80, le groupe Maximalist !

Laboratoire pour jeunes compositeurs belges (avec Eric Sleichim, Peter Vermeersch, Walter Hus, Jean-Paul Dessy, Jean-Luc Plouvier, François Deppe). Il a réalisé plusieurs installations, performances interactives (dont récemment Light music) et films primés dans des festivals internationaux, à partir de la danse (Rosas danst Rosas, 21 études à danser, Love Sonnets, Counter Phrases…).

En 2005, il a été nommé à la direction de Charleroi/Danses, Centre chorégraphique de la Communauté Wallonie-Bruxelles avec Michèle-Anne De Mey, Pierre Droulers et Vincent Thirion.

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Publié le 2006-05-02

Source Texte : www.cecn.com, Magazine des arts de la Scène et des Ecritures Numériques n. 4